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GIP : La révolte de Toul (1971-1972)

Le 5 décembre 1971 éclate à la Centrale Ney de Toul une mutinerie.

Depuis quelques jours en effet, la tension s’est accrue dans cet établissement.

La suppression des colis de Noël par circulaire du ministre de la Justice René Pleven, sous la pression des principaux syndicats pénitentiaires à la suite de plusieurs tentatives d’évasion avec prise d’otages (dont l’épisode de Clairvaux), mais aussi la gestion arbitraire de l’établissement par Georges Galiana (ancien directeur de la prison d’Alger pendant la guerre d’Indépendance, puis directeur de la centrale de Nîmes lors de la révolte de 1966 où sa brutalité est alors soulignée) ont mis le feu aux poudres. La révolte est quasi inévitable. Et la prison explose à la suite du refus par la direction d’entendre un ensemble de revendications rédigées par les détenus en colère.

On connaît la suite : l’agitation à la centrale Ney se poursuit, les mutins prenant les toits et mettant en partie à sac la prison, puis s’achève par l’assaut des forces de l’ordre et le transfert d’un grand nombre de détenus. Si la révolte de Toul prend fin, d’autres mutineries éclatent dans l’ensemble de la France (Nancy, Nîmes, etc.). En outre, les événements de Toul et leur forte médiatisation obligent la Chancellerie à créer une commission d’enquête, la commission Schmelk, pour en établir les responsabilités.

À Toul, un Comité Vérité Toul (CVT) est créé par un groupe de maoïstes dont Robert Linhart, tandis que de son côté le Groupe d’Information sur les Prisons avec Michel Foucault propose une commission d’enquête indépendante et rassemble des témoignages. Ainsi, la psychiatre de l’établissement, le docteur Édith Rose, rend-elle publique une lettre au Président de la République, Georges Pompidou, où elle dénonce une série de violences sur des détenus. Foucault, comme pour les revendications des mutins, joue alors un rôle de relais et d’amplificateur de « cette critique personnalisée ». Le philosophe lit ainsi le rapport de cette psychiatre lors d’une conférence de presse en décembre à Toul, puis achète avec Simone Signoret une page du quotidien Le Monde pour le publier.

Archives présentées

- Manuscrit d’un texte inédit de Michel Foucault sur la révolte de Toul et sa signification, rédigé probablement fin décembre 1971 ou début janvier 1972 pour la conférence de presse du CVT et du GIP le 5 janvier 1972.

- Témoignages recueillis par le GIP et le CVT auprès de détenus et de surveilants, publiés par l’APL, le 9 janvier 1972, repris dans la Cause du peuple-J’accuse.

- Couverture de l’ouvrage du CVT, La Révolte de la centrale Ney, « La France sauvage », Paris, Gallimard, 1972.

- « Noël dans les prisons », appel signé par Aragon, Jean Cassou, Gilles Deleuze, Jean-Marie Domenach, Alfred Kastler, Claude Mauriac, publié par Le Nouvel Observateur (20 décembre 1971)

- Lette d’un prisonnier sur les conditions de détention à la centrale de Toul, datée du 23 juillet 1971, dont des extraits sont publiés sous le titre « L’enfer de la centrale de Toul » dans La Cause du peuple-J’accuse, n° 14, 13 décembre 1971, p. 12.

- « Une barricade dans la prison », récit du soulèvement à la prison centrale Ney de Toul, publié dans le supplément à La Cause du peuple-J’accuse, n° 15, du 18 décembre 1971 : « Toul, la voix des insurgés se fera entendre dans toute la France ».

- D’autres archives concernant le GIP sont présentées dans l’ouvrage : Le Groupe d’information sur les prisons, archives d’une lutte, 1970-1972, documents et textes réunis et présentés par Philippe Artières, avec la collaboration de Laurent Quéro et Michelle Zancarini-Fournel.



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